Les Malassis sont dans le pré

En se saisissant de terrains sans usage pour en faire des espaces de jardinage dans une banlieue parisienne largement bétonnée, l’association Sors de Terre ne révèle pas seulement le potentiel agricole, écologique, pédagogique et social de ces espaces, elle apporte un supplément d’humanité… et de beauté, à la vie en ville. Récit d’une expérience singulière.

 

 

Bagnolet en vert et gris

Nous sommes à Bagnolet, en banlieue parisienne, dans le quartier populaire des Malassis. Plantés sur une grande dalle de béton parsemée de bacs fleuris, une poignée d’enfants et d’adolescents écoutent Petit Pois leur raconter l’Histoire du Siège et de l’Olivier.

 

Le siège et l’olivier

« C’est l’histoire d’un olivier enlevé de chez lui, dans le sud. Là-bas, il connaissait tout le monde, il connaissait toutes les plantes, il s’était habitué au temps. Il connaissait l’accent du sud. Et puis, il a été pris, emmené, vendu et on l’a planté à Bagnolet. Un endroit qu’il ne connaissait pas du tout. Et où il entendait toujours des gens autour de lui, des jeunes qui étaient là : « Vas-y, viens, on squatte là un petit peu ! », « Chanmé le squat d’hier soir ! »,  « Hé t’as squatté où hier, t’étais où ? ».  Squatter, squatter, squatter… L’olivier n’est pas d’ici, « qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire « squatter » ? », se demande-t-il. Un soir, alors que tout le monde est parti, il en profite pour glisser au pissenlit, plante locale qui connaît l’argot du coin :
- Hé ! Psssst, pissenlit! Squatter, ça veut dire quoi?
- Ouaich, répond le pissenlit, t’es là, t’es bien, tu causes, t’es avec tes potes, t’es posé, tranquille. T’es en bas de chez toi, tu fais des plan(t)s sur la comète. C’est ça, squatter.
- Ah ouaaiiiiiiiis !, s’enthousiasme l’olivier. Moi aussi, je veux squatter !
Alors il squatte, et se lie d’amitié avec les végétaux du coin. Un jour, un habitant vient lui dire : « Toi l’olivier, t’as beau venir de loin, tu nous fais plaisir ! Y’a pas de problème. On va te faire un siège. »

  

« Petit Pois » : c’est ainsi que les gamins des Malassis ont rebaptisé Gilles Amar, ancien éleveur, jardinier et coordinateur de l’association Sors de terre. La veille, Gilles et quelques enfants du quartier des Malassis ont planté un olivier sur « la dalle », leur terrain d’exercice favori. Il faut dire que la Dalle Maurice Thorez est un endroit pittoresque, qui incarne jusqu’à la caricature ce que la « cité » à la française peut avoir de plus morose. Cette grande place bétonnée en surplomb de la ville est délimitée par quelques immeubles d’un gris délavé. C’est un haut lieu communautaire de Bagnolet : un endroit où l’on s’arrête pour « squatter ». Un terrain d’action rêvé pour Gilles et ses acolytes. Leur mission : attiser la curiosité des passants, interpeller, surprendre, émerveiller, étonner. « Mais que fait donc un olivier dans ce quartier du nord de la France, plus familier des marronniers et des platanes ? », se demandera le badaud curieux. C’est une longue histoire… Une histoire humaine, une histoire de quartier. Cela fait des semaines que Khaled, employé du centre de quartier implanté sur la dalle, insiste auprès de Gilles pour qu’il y poste un arbre méditerranéen, l’olivier, en souvenir de sa terre natale. Gilles a exaucé cette espièglerie de gaîté de cœur : la réappropriation de l’espace par ses habitants est selon lui un levier majeur du changement. C’est en échappant à toute gestion technocratique, à toute planification, que le paysage « fait maison » au gré des sensibilités particulières retrouve un visage humain. Ce nouveau décor rappelle que la nature façonne les hommes tout autant que l’inverse. Et s’il se montre parfois cruel, le vivant nous rappelle qu’il croît à partir des interactions entre les individus et ne peut prospérer sans diversité.

 

 Crédits photo : Anne-Lore Mesnage

 

Une approche à contre-courant

Les « contes jardinés » sortis tout droit de l’imagination de Petit Pois pourraient passer pour la cerise sur ce gâteau éducatif. Mais c’est sans doute au creux de ces récits enchanteurs que réside l’essentiel de cette « pédagogie du vivant ». Chaque action concertée – cycles de découverte de l’environnement naturel local, chantiers de jardinage collectifs, sessions d’initiation aux métiers de l’agriculture et de l’environnement – commence par cette mise en scène narrative. Des histoires de plantes et d’insectes, de petit garçon et de chèvre, d’attaquant du PSG revenu chercher ses crampons oubliés au stade tombant nez à nez avec une vache savante. Ces récits offrent un univers amical à l’apprenti jardinier et l’accompagnent dans sa tâche. Et par-dessus tout, ils donnent un sens à son travail en restituant à la nature son corps et son histoire là où elle n’était qu’un fantasme. Tout en douceur, ces histoires naturelles apportent avec elles leurs lots de découvertes et de connaissances nouvelles. Enfin, cette approche pédagogique permet aux plus jeunes de s’impliquer activement dans les projets urbains. Pourquoi eux ? « Parce qu’ils sont l’avenir, tout simplement », estime Gilles. « Les gens d’âge moyen et les plus vieux sont capables de changement, bien entendu, mais peut-être dans une moindre mesure. Ce qui est important, ce sont les enfants et les ados. Nous connaissons certains ados d’ici depuis la maternelle ! »

Ateliers d’éducation à l’environnement, création de jardins collectifs, pré-formations agricoles, manifestations culturelles et artistiques font aujourd’hui le quotidien du collectif. Autant de moyens au service d’une seule et même fin : faire évoluer nos pratiques individuelles et collectives « par le bas ». Une approche originale, car si l’idée de nature en ville fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus (il est même devenu une sorte de « lieu commun »), l’appréhension de la nature demeure globalement moralisatrice. Parallèlement, les concepts nés de l’écologie et du développement durable deviennent, en s’institutionnalisant, de nouveaux objets de domination et de ségrégation. Bref, entre élitisme et paternalisme, Sors de terre a ouvert la brèche pédagogique. Dans la vision de ce collectif, la description (« pourquoi, comment ? ») l’emporte sur la prescription (« c’est bien », « c’est mal »). Mais pas d’exposés théoriques rébarbatifs pour les gamins du quartier : le décodage du milieu se fait par la pratique. De l’envie de faire naît l’apprentissage, et de la connaissance naît la conscience : conscience de soi, conscience de l’autre, mais surtout conscience des rapports qui unissent l’homme à son environnement. S’émerveiller, apprendre, agir, savoir, s’enchanter de plus belle de ce que l’on a accompli… Et si ce cercle vertueux était le véritable moteur de la transformation des mœurs et des mentalités ? C’est en tout cas le pari de Gilles et de ses camarades. Et pour le remporter, ils sont prêts à toutes les bizarreries…

 

Une méthode originale

Le jardinage pratique a lieu toute la semaine, à la sortie des cours comme au petit matin. Sors de terre donne l’impulsion, puis chacun fait son miel du savoir-faire engrangé pour planter, faire pousser, entretenir et cueillir. On jardine en solo, en famille ou entre voisins. Les jardins sont des terres sans usage qui ont été soigneusement repérées, sélectionnées et reconverties selon le principe de l’ « acupuncture botanique ». Appliqué à l’organisme-ville, ce procédé chinois consiste à mettre en culture des zones stratégiques pour agir sur la totalité du quartier. Il s’agit en général de lieux chargés d’histoire où d’espaces de regroupements réguliers tels que la dalle. Partons à la découverte de ces lieux ré-enchantés…

 

 

Le décor

Un immeuble d’habitation du quartier des Malassis, à quelques centaines de mètres de la dalle. Les tags artistiques grimpent le long de ce bâtiment enclavé entre la rue et une école maternelle. En pied d’immeuble, face à l’école, s’étend une bande de végétation hirsute, luxuriante, inattendue.

Ni sens, ni ordre, ni direction n’ont été imposés à cet îlot de nature sauvage. Quelques herbes hautes viennent lécher les balcons du rez-de-chaussée, fière provocation adressée aux agents municipaux et autres ennemis du chaos urbain. A y regarder de plus près, l’œil aventureux ne tarde pas à percer leur mystère : framboises, fraises, poireaux, salade… Sors de terre a encore frappé… et il est temps de désherber ! L’asso s’est emparée de ce passage intérieur, que beaucoup de Bagnoletais ont gardé l’habitude d’emprunter, pour y dresser un jardin collectif. Les habitants de l’immeuble, mais les autres aussi, y travaillent collectivement et récoltent régulièrement les fruits de leur labeur. Le résultat invite le passant à s’interroger sur la ville, sur la nature. Parfois, le jardin se contentera d’imprimer quelques instants son image sur la rétine du riverain qui, machinalement, regarde sans voir. Une image qui trouvera seule son chemin jusqu’au cœur…

Un jardin, ce n’est pas anodin. Ce n’est ni un parc ni un square. C’est un endroit que l’on crée. Partagé, collectif, public, privé, secret… le jardin pourrait bien être le second miroir – parfois déformant ! – de l’âme. « Le jardinage, explique Petit Pois, c’est inclure et exclure, qu’on le veuille ou non. Ça a l’air d’une activité « zen », mais en réalité, c’est violent. Jardiner permet de voir les choses autrement. La nature est violente, les espèces sont violentes : elles se font la compétition. Une dimension du jardinage revient donc à se demander : « Quelle espèce vais-je inclure ? Quelle espèce vais-je exclure ? ». Ce questionnement dessine un continuum, dans l’art de jardiner, entre l’ordre végétal, et ce qui tend vers un désordre maîtrisé ou toléré, qui correspond à un autre modèle de développement. Par exemple, le jardin collectif des Malassis inclut largement les éléments qui étaient déjà présents sur place. C’est volontaire ! C’est aussi un jardin métaphorique, à une époque où « inclusion » et « exclusion » résonnent à nos oreilles d’une façon particulière. De la même manière, le fait que nous soyons implantés uniquement dans les cités, pour le moment, a un sens. Notre démarche environnementale veut faire écho aux problématiques locales, à la façon dont on parle des habitants des cités, des jeunes… Le jardinage nous permet de transposer toutes ces problématiques sociales et de les aborder avec les habitants sur un terrain métaphorique. Certains habitants adhèrent au jardinage sauvage, d’autres lui préféreraient un « jardinage sécuritaire », à usage privé… » Le jardinage pose également la question de la diversité biologique. Pour Sors de terre, ce qui fait la diversité en ville, c’est la diversité d’usage des espaces, tout comme en agriculture. Et l’asso compte bien se mêler de diversité à Bagnolet…

 

 

 

 

Un message politique

A Bagnolet, les initiatives pédagogiques participatives ont remporté un tel succès que la municipalité, sceptique de prime abord, fait désormais appel à l’asso pour la prise en charge d’autres terrains en friche. Mine de rien, au bout de plusieurs années d’activités collectives informelles, une ville peut voir émerger une quantité impressionnante de « spots » de verdure citoyenne. « Au rythme de quinze ateliers par an sur les framboisiers et les groseilliers, on commence à en avoir un paquet en ville, une vraie petite production… », signale Gilles. Mais Sors de terre n’est pas franchement adepte des demandes d’autorisations. C’est une façon alternative de fabriquer la ville qui se dégage à long terme d’un tel réinvestissement des espaces. Spontanément, cette expérience officieuse invite à la réflexion. Finalement, que fait-on de la ville ? Quel est notre rapport au politique, aux autorisations ? A ce propos, Gilles soulève ce paradoxe des temps qui courent : « Dans certains quartiers où l’on est très au fait de ce qu’est le développement durable, jamais l’on ne se permettra certaines transgressions, question de mœurs… Tandis que dans d’autres coins, on mène des actions subversives en faveur de ce même développement sans en avoir de compréhension théorique. Il faut se demander ce que nous apprennent ces lieux où l’on s’autorise beaucoup de choses en étant « hors-la-loi ». » Gilles est convaincu que le changement ne peut advenir sans cette énergie libre qui se permet, parfois, de braver l’interdit. Il se fera également loin des terminologies galvaudées : « Nous ne faisons ni agriculture urbaine, ni éducation à l’environnement, terme politiquement correct qui minore la portée de notre démarche !, insiste Gilles. Nous, nous faisons de l’éducation au projet. Nous expliquons aux gens ce qu’est une association, et comment nous parvenons à accomplir nos objectifs. Nous mettons les savoirs en cohérence en proposant de l’éducation non pas seulement à l’environnement, mais de l’éducation au paysage, à l’urbanisme, à l’architecture, à la ville… Un exemple : dans le quartier, certaines personnes sont victimes de carences alimentaires. Nous travaillons donc avec une diététicienne à faire de l’éducation sur le sujet. Si nous sommes amenés un jour à faire de l’agriculture urbaine, nous planterons des produits susceptibles de pallier ces carences. L’important, c’est d’être censés, concrets, « en phase ». » Et Gilles laisse éclater son scepticisme face à certaines expressions dans l’air du temps : « Le jardinage en ville ne sert pas à créer « créer du lien social », mais bien plutôt à le déployer. Le lien social préexiste à ce genre d’initiative, sinon personne n’y participerait ».

 

Les Malassis sont dans le pré

Interpeller, déconcerter, surprendre ses contemporains requiert une bonne dose d’imagination. Gilles n’en a pas manqué lorsqu’il a installé deux brebis et une chèvre à l’école maternelle de la Pêche d’Or. Pour les instituteurs, qui par ailleurs ne boudent pas les sorties scolaires sur le jardin collectif, c’est une aubaine pédagogique. Les bêtes, qui ont élu domicile sur une parcelle verte du fond de la cour, sont devenues des actrices de premier plan du cours de biologie. Ces ateliers participatifs ne sont pas superflus à l’heure où les bambins des villes prennent parfois les tomates vertes pour des pommes, comme le relate Gilles. Brebis, chèvre et poules sont régulièrement soignées et nourries par les élèves ainsi que le personnel de l’école. Une habitante du quartier prend volontairement le relais aux heures de fermeture de l’école. Pour Gilles et ses collègues, ce tour de force représente un pas de plus sur le sentier de la provocation vertueuse. « On a introduit les bêtes dans l’école en coupant le grillage, sans rien demander à la mairie. Mais personne ne s’en est plaint, puisque tout le monde est ravi, explique Gilles. Personnellement, je ne préfère pas me frotter aux élus locaux dans le cadre de démarches administratives. Les frictions entre groupes sociaux, la barrière des codes (langage, attitude…) qui persistent en dépit d’un accord de fond, tout cela a tendance à m’agacer… »

Pas de doute pour Petit Pois : le changement sera immanent. Il est nécessaire de « s’intéresser aux hommes pour intéresser les hommes à leur environnement », estime-t-il. « Pour moi, le social passe avant tout. Des changements sociaux découleront les nouvelles pratiques alimentaires, environnementales… Les transformations ne seront pas imposées d’en haut, directement de l’élite, même d’une élite associative… Cela dit, je défends bien sûr une agriculture paysanne. » Gilles est pensif. L’idée d’expliciter les valeurs de l’association ne l’enchante guère car il craint les clichés idéologiques. Mais soudain, il trouve les mots : « nous défendons la beauté, voilà tout. Tant que tu défends la beauté, tu es dans les clous. Mais si je devais décrire en quelques mots ce qu’est Sors de Terre, je dirai que notre association constitue la branche « agriculture » du hip-hop : notre message est né dans la rue, notre mode d’action est officieux et notre subversion se veut positive et constructive, elle a une dimension artistique. »

 

Vous avez dit “éco-pâturage” ?

L’objectif de sensibilisation que s’est fixé Sors de Terre ne s’arrête pas aux grilles de l’école, puisque nos ruminants font régulièrement la tournée des espaces verts publics de la ville. Sur ces étendues de pelouse communautaire, ils s’adonnent allégrement à une activité qui réjouit tout autant les habitants et employés municipaux : l’éco-pâturage. Ce pâturage « écologique » consiste à faire paître les animaux sur les espaces publics tels que la pelouse des écoles, des crèches municipales, les jardins collectifs, les buissons longeant les trottoirs, les parcs et jardins publics… La pelouse, les plantes herbacées (comme le trèfle) et les feuilles des arbustes constituent une nourriture idéale pour les ruminants que sont les brebis et les chèvres. Laissées libres de paître le temps nécessaire, les bêtes n’en demandent pas davantage, sinon un mince complément de foin pendant l’hiver… Nourries selon la méthode traditionnelle, les bêtes se portent à merveille. Quant aux espaces verts, ils sont entretenus – et même façonnés par le pâturage – sans recours aux techniques mécaniques (tondeuses) et phytosanitaires (désherbants). L’éco-pâturage favorise ainsi le développement d’une flore diversifiée, propice à l’épanouissement d’insectes tels que les papillons. Toute la chaîne alimentaire bénéficie de cette diversité. Au-delà de ces bénéfices, la fin ultime de la manœuvre est de sensibiliser la population locale au monde agricole et à ses problématiques contemporaines.

Lorsque Petit Pois décide de nourrir son cheptel, rien n’est épargné : il faut varier les plaisirs ! Chaque coin de végétation surgit du béton occasionne une nouvelle halte repas. Les passants, interloqués, amusés puis enchantés n’hésitent pas à s’arrêter un instant sur le passage du trio bestial, et chacun y va de son petit commentaire.

« Un cabri ! C’est le genre de bête qu’on a en Guadeloupe ! », s’enthousiasme une passante. « Et ces brebis, pourquoi sont-elle brunes ? »

Gilles, qui se décrit parfois comme un « éco-interprète », se fait une joie de détailler sa réponse. Il présente les brebis, issues d’une race assez rare : celle des brebis solognotes, qui pâturent traditionnellement les bords de la Loire. Il doit y en avoir 2000 en France. Cette race est assez mal connue. « Pour les animaux comme pour les hommes, on a tendance à s’attarder un peu trop longtemps sur la couleur… et on en fait une catégorie à part », déplore Gilles. Tu veux lui donner à manger ? »

D’autres badauds s’arrêtent et s’attardent, se réjouissent et s’adressent la parole avec un naturel déconcertant. La présence inhabituelle des animaux réveillerait-elle notre intelligence commune ? Le rassemblement prend des airs de fête, et chacun semble se sentir comme en vacances au contact de cet échantillon de « nature ». C’est comme si le temps avait suspendu son cours, balayant les tracas du quotidien et les préoccupations du monde civilisé. Les mamans se félicitent de l’émerveillement qui transparaît dans les yeux des enfants et font l’éloge de l’initiative, les ados la tournent gentiment en dérision, certains proposent avec humour de « sacrifier les moutons pour la fête de l’Aïd »… Quels que soit leur effet, les bêtes ne laissent personne indifférent. Si familières et à la fois si étrangères, leur présence insolite prend un sens différent selon la culture et l’histoire de chacun…

Petit Pois avise soudain un parc situé non loin de là et entreprend d’y planter son enclos amovible. Le parc accueille un terrain de pétanque sur lequel quelques séniors partagent un moment de jeu. Le groupe salue avec l’enthousiasme l’arrivée des bêtes, qui se remettent à table, inépuisables. Viennent 16h30, et avec elles le flot des écoliers qui font un crochet par le parc. On s’anime autour de cette attraction inattendue, on scrute, on touche, on caresse, on nourrit. Et surtout -  on s’interroge… et on interroge sans complexe.

 

 

Deux jeunes filles d’une dizaine d’années confient leurs réflexions au sujet des agriculteurs, de la campagne, de la nature… et du « bio ».
TerrEthique : Quel effet cela vous fait-il de sortir du collège et de tomber sur des brebis ?
Lisa : Bizarre! Mais c’est bien car on ne voit pas souvent des brebis ou des moutons. Pour en voir, on est obligés d’aller à la ferme…
TerrEthique : Pensez-vous que la ferme ferait bien de s’inviter en ville parfois ?
Janice : Il nous faudrait simplement un peu d’animaux… des moutons, des vaches, des poules, et c’est bon! La mairie s’en occuperait, ou bien les associations, et tous les gens volontaires. On pourrait manger les œufs des poules si elles en pondent beaucoup.
TerrEthique : Quelle idée vous faîtes-vous du mode de vie des agriculteurs ?
Lisa : Ça doit être fatiguant… J’aime aller à la ferme de temps en temps, le week-end (chez ma tante), mais je n’aimerais pas exercer ce métier. Ce que j’aime dans ce mode de vie, c’est qu’il apprend à manger « bio », loin des villes…
TerrEthique : C’est quoi, le « bio » ?
Lisa : Le bio, c’est très bon pour la santé. Ma mère et ma tante me l’ont dit. Ma mère n’achète que du miel bio, et le miel guérit car il vient des abeilles et il est bio. Et il y a d’autres choses « bio » : les œufs, le lait, le lait de soja… Bio, ça veut dire que ça vient des animaux, et qu’il n’y a pas de sucre.
Janice : C’est quand on n’ajoute pas de colorant et pas de produits chimiques !
Lisa : Oui, c’est naturel en fait! Mais il y a du faux bio, on ne peut pas croire toutes les étiquettes des supermarchés. Quand on compare le goût du lait bio des supermarchés à celui du lait non bio, et bien c’est le même…

Les prénoms ont été changés

 

Petit Pois répond à toutes questions pressantes qu’il reçoit au sujet des brebis, et de la chèvre. Puis vient l’heure de rentrer, et les vacances se terminent… Jusqu’à la prochaine fois.

 

Perspectives

L’utilité, la fraîcheur et la simplicité du travail imaginé par Sors de Terre gagne en reconnaissance puisque l’association reçoit une attention et une sollicitation croissante de la part des collectivités locales. Le bouche à oreille a été si efficace que l’on peut croire en un véritable retour de la pédagogie, et partant du besoin de comprendre, mais aussi de mettre la main à la pâte, dans un monde où les tâches sont si soigneusement réparties qu’il nous échappe en grande partie… Le changement « qui vient d’en bas » a sans doute de beaux jours devant lui.

 

Pour en savoir plus au sujet de l’association Sors de Terre : 

Le blog de l’asso 

La plaquette de Sors de Terre

La démarche jardins diffus

Écrit par : , le 29 novembre 2011 imprimer Partager par email partager sur facebook partager sur Twitter Flux rss des commentaires
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1 réaction

  1. lecointre /

    Bel exemple de partage en toute humilité ! Sors de Terre ne pourrait-il pas faire des petits ?

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