Des légumes sur le toit

 

Des légumes aériens

Au milieu de la forêt de toits gris et de cheminées couleur brique, en plein Paris, un îlot de verdure offre bien des surprises. Dans le 5ème arrondissement de Paris, sur les toits de l’école des ingénieurs du vivant AgroParisTech, Nicolas Bel s’est lancé un défi : faire pousser des légumes à partir de déchets locaux et créer ainsi un potager durable et respectueux de l’environnement. Ingénieur mécanique de formation, 35 ans, Nicolas Bel s’intéresse depuis quelques années au biomimétisme, une science pluridisciplinaire qui consiste à observer et reproduire les matériaux, les formes, les processus et les propriétés remarquables du vivant. Epaulé par Nicolas Marchal, ingénieur formé comme lui à l’INSA et trois étudiants en agronomie, Nicolas bel plante, replante, et invente une nouvelle façon de faire pousser ses légumes.

En marchant entre les bacs et les platebandes, le regard est attiré ici par une fleur de courgette d’un jaune brillant, là par les fruits ronds d’un pommier, plus loin par un coin champêtre. Sur ces 600m2 de toit, Nicolas Bel et son équipe mènent depuis un an et demi un travail expérimental rigoureux. Il s’agit pour eux de comprendre dans quelle mesure il est possible de faire pousser des légumes sur les toits. Ce type d’installation existe déjà mais avec du terreau qui est lourd et peu adapté pour des installations de toits. Alors, dans ces grands bacs en bois, ils testent plusieurs types de substrats légers composés de déchets de bois, de déchets végétaux, de mycélieum de pleurotes, de marc de café. A ces substrats s’ajoutent des vers de terre, indispensable composteurs des déchets. Verdict ? « Nous avons été surpris par les résultats » reconnaît Nicolas Bel, « la majorité des légumes a très bien poussé, particulièrement dans les bacs ou des vers de terre étaient présents ». Parmi les quelques ratés, les myrtillers, plantes de sous-bois qui sont ici trop exposés au soleil, ou encore les melons dont les feuilles ont été abîmées par le vent.

 

Tout sauf bobo

Ce potager, qui reproduit des écosystèmes, a plusieurs fonctions : transformer les déchets (restes organiques issus des cuisines ou des espaces verts) en ressources, produire de l’alimentation, et enfin imiter les services que rend la nature comme la récupération de l’eau de pluie pour qu’elle ne sature pas les réseaux d’évacuation. A ceux qui voient cette expérience comme un jeu de bobo, Nicolas Bel va chercher ses réponses dans le passé et le futur à la fois. En 1943, lorsque les Allemands ont réquisitionné l’essence et donc perturbé l’approvisionnement, les parisiens se sont mis à cultiver dans les parcs car c’était le seul moyen pour eux de consommer des légumes frais : les jardins du Louvre sont devenus un potager. Et aujourd’hui, en République du Congo, la tentaculaire Kinshasa est approvisionnée à 60% par une agriculture urbaine ! Cela ressemble plutôt à de la lucidité : « Le jour où nos réserves de pétrole seront épuisées, il faudra bien trouver d’autres façon de produire » affirme Nicolas Bel. La pollution n’impacte pas la qualité des légumes, cela a été révélé par de nombreux tests qui montrent un taux respectant les normes européennes. En effet, les particules les plus nocives se concentrent à un mètre du sol environ, l’air se situant au niveau des toits étant plus sain. Le faible taux de pollution découvert provient en fait du substrat dans lequel les légumes ou fruits ont poussé.

Depuis décembre 2011, les résultats obtenus sont relevés, analysés avec soin, comparés, et nourriront des publications scientifiques rigoureuses. Un Manuel potager, mode d’emploi vulgarisé, est même en cours d’écriture et permettra à chacun de se lancer. Nicolas Bel rêve de voir un jour les citadins se nourrir grâce à leur propre production. Mais certains n’ont pas attendu : devant l’enthousiasme soulevé par le projet, Nicolas Bel s’est associé à un collègue du Muséum d‘Histoire naturelle pour créer TOPAGER, une entreprise dont le cœur d’activité est l’installation de potagers sur les toits. La Mutualité dans le 5ème ou encore l’école Saint Merri ont pu tenter l’expérience. Et c’est maintenant du côté de l’Egypte et de ses techniques particulières d’agriculture urbaine que Nicolas Bel regarde, toujours à l’affut, prêt à innover et créer.

Si le maintien d’une agriculture vivrière dans les espaces verticaux et horizontaux des villes à des vertus écologiques, pédagogiques, symboliques et culturelles certaines, se pose tout de même la question des capacités de l’agriculture verticale (sur les toits) à nourrir la population urbaine…

 

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Écrit par : , le 30 septembre 2013 imprimer Partager par email partager sur facebook partager sur Twitter Flux rss des commentaires
Rubrique : Pratiques Urbaines Voir tous les sujets de la rubrique

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