Aujourd’hui, le débat concernant la production et la consommation de viande fait rage entre les « pro » et les « anti ». Il faut dire qu’à l’échelle de la planète, on mange en moyenne beaucoup plus de viande qu’autrefois, du fait notamment de la transition alimentaire chez des géants démographiques comme la Chine (voir graphique).
Du côté de l’offre, l’industrialisation d’une partie de l’élevage et les progrès techniques ont permis de produire plus de viande, plus rapidement et à moindre coût. Cette démocratisation de la viande (et des produits animaux : lait, œufs, etc.) s’est parfois accompagnée de phénomènes négatifs d’ampleur inédite : crises sanitaires (comme l’épisode de la « vache folle »), surconsommation à l’origine de certaines maladies cardiovasculaires. Mais les reproches faits à la production et à la consommation de viande ne concernent pas seulement la santé publique : certains parlent des « conséquences néfastes » de la production de viande sur l’environnement ; d’autres mettent en avant le droit des animaux ; d’autres encore soulignent que dans un monde qui compte 1 milliard d’affamés, mieux vaut utiliser les surfaces agricoles pour nourrir plus d’hommes… plutôt que des animaux qui en nourriront moins.
D’un autre côté, les défenseurs d’un régime alimentaire omnivore mettent en avant la haute valeur identitaire et culturelle de la viande. Ils soulignent aussi le rôle bénéfique non négligeable des animaux d’élevage dans les agrosystèmes. Et nombre de nutritionnistes recommandent un apport journalier significatif en protéines animales.
On le voit bien : tous ces questionnements ne sont pas du même ordre. Lorsqu’on se demande “Ai-je vraiment besoin de manger des produits animaux pour vivre et être en bonne santé ?”, on est alors dans le domaine de la nutrition, la science qui étudie les besoins du corps.
En revanche, si l’on cherche à savoir si l’élevage est un bienfait, ou au contraire, une menace pour l’environnement, la réponse est à chercher à la fois du côté de l’écologie et de l’agronomie. Le problème est donc “agro-écologique“.
Ensuite, on est en droit de se demander : “Si l’on s’arrêtait tous de manger de la viande demain, quelles conséquences économiques cela aurait-il ?”. Les animaux sont avant tout élevés, en majorité, pour leur lait et leurs oeufs. Mais justement : les éleveurs auraient-ils toujours intérêt à élever des animaux dont ils ne peuvent vendre la viande ? Si tel n’est pas le cas, il faudrait donc que certains consomment de la viande pour que d’autres puissent continuer à consommer du lait et des oeufs ! Cette épineuse question relève de l’économie comme de l’agronomie : elle est agro-économique.
Enfin, pas de viande sans abattage ! Le fait de se nourrir de créatures vivantes dotées d’un certain niveau de conscience faisait déjà polémique dans l’antiquité. Aujourd’hui, avec l’essor de l’élevage industriel, la question du bien-être animal s’ajoute à la réflexion sur le droit des animaux. Ce le dernier angle d’approche se situe sur le champ de la philosophie, et plus précisément de l’éthique.
Pour chaque approche, nutritionnelle, agro-économique, agro-écologique et éthique, TerrEthique fera appel à deux spécialistes pour expliquer, échanger et débattre afin que chacun puisse se faire une opinion en toute connaissance de cause !

Graphique : Consommation de viande par habitant dans le monde (1961-2002)
Source : tableau réalisé à partir des donnés FAOSTAT