Sous les pavés la jungle

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Sous les pavés la jungle

 

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« Je suis très heureux d’avoir pris du goût pour la botanique ; le goût se change insensiblement en une passion d’enfant. » Jean-Jacques Rousseau

« Vous vous plaignez de voir les rosiers épineux. Moi, je me réjouis et rends grâce aux dieux que les épines aient des roses. » Alphonse Karr

 

Bardanette en grappe - Tragus racemosus (L.) All., par Olivier NAWROT

 

 

Voilà le genre de citations qui agrémentent la page Facebook du Programme de sciences participatives Sauvages de ma rue. Egayée par les clichés poétiques de fleurs sauvages postés par dizaines par des participants emballés, cette page ressemble à tout sauf à un cahier de botaniste. Des scientifiques qui philosophent, des citoyens qui jouent les explorateurs naturalistes… et si nous étions en train de nous glisser subrepticement dans une nouvelle ère culturelle ? Petite enquête…

 

Une histoire naturelle

Pour comprendre l’esprit des Sauvages, il faut opérer un bref retour en arrière. Nous sommes en Mai 2011. D’un côté, les chercheurs du département « Ecologie et gestion de la biodiversité » du Muséum National d’Histoire Naturelle ont besoin de données en grande quantité pour pouvoir mener à bien leurs recherches sur le comportement des plantes sauvages en milieu urbain. De l’autre, les habitants des villes semblent manifester un intérêt grandissant pour « la nature » en ville (jardins collectifs, potagers individuels, pratiques « éco-citoyennes »…). Enfin, dans la sphère publique, un nombre croissant de municipalités délaissent l’arrachage systématique des plantes spontanées au profit d’une politique plus tolérante à l’égard de nos amies les plantes « naturelles ».

Toutes les conditions sont réunies pour que l’idée prenne vie. S’appuyant sur un programme existant, le vaste projet de science participative « Vigie-Nature » du Muséum, l’écologue Nathalie Machon met sur pied le premier observatoire français de flore urbaine. L’association Tela Botanica, qui s’occupe d’éducation à la botanique, devient partenaire officiel du programme. D’abord réservé aux franciliens, il prend rapidement une ampleur nationale.

Le principe : tous les citoyens, botanistes comme non-initiés, sont invités à partir à la découverte de ces plantes sauvages qui peuplent les rues. Ils ont pour mission de les identifier puis de collecter un maximum de données sur cette flore spontanée : où poussent les plantes ? Comment se déplacent-elles au fil du temps ? etc. Via une interface de saisie sur le site des Sauvages, ils envoient ces précieuses informations au laboratoire où elles seront traitées par Nathalie et son équipe de recherche. Afin de faciliter le travail des novices, le labo a publié en 2011 un ouvrage illustré recensant les 100 plantes sauvages des villes les plus courantes[1] dont on trouve la description détaillée.

Les données récoltées permettront d’avancer sur la connaissance de la répartition des espèces en ville et sur leur impact sur la qualité de la biodiversité. Car la préservation de la biodiversité en ville, dont dépendent la qualité de vie, le bien-être et même la santé des citadins sont la priorité numéro 1 de ces drôles de chercheurs qui dirigent les Sauvages.

 

 

Les plantes et l’homme : vers une coexistence pacifique ?

 

Coquelicot - Papaver rhoeas L., par Michel DÉMARES

Qui a dit qu’une recherche scientifique sérieuse est une recherche austère ? A en voir les échanges entre internautes et scientifiques, on comprend vite que Sauvages est avant tout une aventure humaine chargée d’affect. La nature de l’objet d’étude – le vivant en ville, semble extrêmement fédératrice. Tout se passe comme si une telle question ne pouvait pas être traitée de manière anodine et impersonnelle. Nathalie Machon, coordinatrice du projet, l’affirme : l’un des buts affichés de l’opération est de sensibiliser le citadin à ces plantes qui défient le béton des villes dans l’indifférence générale.

Le livre Sauvages de ma rue s’est très bien vendu. De plus en plus de professeurs s’appuient sur le programme pour initier les élèves à la reconnaissance des plantes. Ici et là, on voit les apprentis botanistes se mobiliser et saisir toutes les opportunités d’échange de savoir disponibles sur le web pour partager leur passion nouvelle. A l’échelle de la ville, une vague de bienveillance à l’égard de la flore spontanée souffle sur les politiques publiques locales. Lentement, les discours sur l’importance de la biodiversité et sur l’impact bénéfique de la végétation sur notre qualité de vie font leur chemin dans les mentalités.

Sans ce vif regain d’intérêt individuel et collectif pour la nature, l’opération n’aurait tout simplement pas abouti, comme me l’a fait comprendre Nathalie Machon, sa coordinatrice.

 


La suite !

 

 

[1] Sauvages de ma rue : Guide des plantes sauvages des villes de la région parisienne, Livre illustré, Editions Le Passage, 2012, 256 pages

 

 

 

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Écrit par : , le 2 avril 2013 imprimer Partager par email partager sur facebook partager sur Twitter Flux rss des commentaires
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