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Voyage à Madagascar

Écrit par : , le 24 avril 2013

[chapitre[Tonga soa !]]

Tonga soa !

 

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Voilà, le jour J est enfin arrivé. Tout est emballé pesé, je suis parée au décollage ! Je quitte la grisaille de Paris pour 10h30 de ciel bleu… parce qu’au-dessus des nuages, le soleil brille toujours !

Confortablement installée à côté de mon hublot, je tente un moment de regarder un film, mais j’abandonne au bout de quelques minutes, trop distraite par la superbe vue qui s’offre à moi. C’est la première fois que je quitte mon continent natal, et ce voyage est des plus excitants. Les autres voyageurs qui m’entourent ont l’air nettement moins enthousiastes que moi : la plupart ont baissé les stores des hublots et se sont plongés dans un monde virtuel. Ils n’en sont vraisemblablement pas à leur premier voyage vers cette île qui me fait tant rêver…

23h09 heure locale : l’avion se pose sur la piste du petit aéroport d’Antananarivo. Étrange expérience que cette arrivée en Afrique. Mon premier souvenir de Madagascar restera olfactif : l’odeur d’une terre chaude et humide, et d’un air lourd de saveurs qui me sont encore complètement étrangères. Une fois les formalités administratives passées et ma valise récupérée, je prends une grande inspiration, prête à me lancer dans ce nouveau monde !

 

Le dépaysement est instantané : à peine passée la douane, une foule de Malgaches se pressent déjà autour de moi, m’attrapent le bras, veulent porter mon sac… Serrant mon passeport comme une mère la main de son enfant, je me fraye un chemin tant bien que mal jusqu’à deux hommes qui brandissent une pancarte sur laquelle figure mon nom. Ce sont les gens qui doivent m’emmener à l’hôtel, où une chambre m’a été réservée par ma maître de stage. Ils s’étonnent de me voir arriver seule : il va falloir patienter un peu, car d’autres clients sont attendus. Voyant que je ne suis pas très à l’aise au milieu de cette foule, l’un des deux hommes consent finalement à m’escorter jusqu’à la voiture. Aussitôt sortis sur le parking, quelques gamins nous sautent dessus, cherchant à imposer leurs services en échange de quelques Ariary (la monnaie locale), mais quelques mots en malgache les font s’éloigner. A peine assise sur la banquette de la vieille Peugeot rafistolée qui fait office de navette, je suis abandonnée par le chauffeur qui, après m’avoir recommandé de ne surtout pas sortir de la voiture, retourne à l’aéroport rejoindre son acolyte. Je suis aussitôt assaillie par des mendiants tapant au carreau pour une pièce, et des moustiques me vrombissant dans les oreilles. Plus mal à l’aise que jamais, je m’asperge de répulsif, me remonte le col du manteau jusqu’au nez, et fais “non” de la tête aux yeux suppliants qui me fixent. Si je pouvais disparaître sur le champ, ce serait avec soulagement et grand plaisir.

 

Après une petite demi-heure qui me parait une éternité, on démarre enfin et sort tant bien que mal du parking. Les voitures se poussent les unes les autres dans une sorte de ballet anarchique, mais qui paradoxalement semble obéir à certaines lois (difficiles à identifier pour un européen novice, je dois bien le dire). Je suis agréablement surprise par la qualité de la chaussée pendant environ 5 minutes, jusqu’à ce qu’on bifurque dans un tout petit chemin terreux, tout en creux et en bosses. Après un itinéraire chaotique incluant des virages en épingle à cheveux que le chauffeur appréhende avec une aisance déconcertante, nous arrivons enfin à l’hôtel. La chambre qui m’a été réservée est très agréable, mais je n’arrive pas à m’endormir avant 2h du matin : cette première nuit à Madagascar n’est pas de tout repos, entre les attaques de moustiques (je préfère étouffer sous mon drap que risquer d’attraper le palu le jour de mon arrivée) et des rêves agités d’une réalité saisissante.

 

 [chapitre[On est heureux Nationale 7]]

On est heureux Nationale 7

Le lendemain, je me réveille avec le sentiment d’être en vacances : ciel d’un bleu éclatant, soleil déjà haut dans le ciel, petite brise chargée de délicieux parfums… Il fait juste la chaleur qu’il faut, et tout est si coloré ! Guy, le chauffeur envoyé par le Cirad pour m’emmener à Antsirabe, arrive vers 7h30. Il m’amène une enveloppe avec de l’argent pour payer ma nuit d’hôtel : ça fait bizarre de payer avec des billets de 10 000 (1€ = 2500Ar environ) !

 

Et c’est parti pour 4h de route ! Après la « navette » de l’hôtel, la Hyundai de Guy est une voiture de luxe : ceintures de sécurité fonctionnelles, moteur silencieux, clim, autoradio… Je me sens tout de suite plus à l’aise que la veille. Guy me propose de me faire faire un tour de Tana avant de partir vers Antsirabe. J’accepte avec plaisir, et c’est avec émerveillement que je découvre la capitale malgache. 

 

De jour, l’obscur petit chemin terreux de la veille prend une tout autre allure : sous le soleil, les enfants, pieds nus dans la terre rouge, nous font de grands sourires en courant derrière les poules, tandis que les femmes déambulent, des seaux de toutes les couleurs chargés de tissus ou de fruits et légumes sur la tête. La plupart nous suivent du regard, voire s’arrêtent et se poussent du coude en nous montrant du doigt… ou plutôt en me montrant du doigt, car dans l’histoire, c’est bien moi la vazaha, l’étrangère. Arrivés sur la route goudronnée, je découvre une autre facette de la vie urbaine à Madagascar. Ici, pas de code de la route, pas de panneaux, pas de feux de signalisation… Vélos, 4×4, motos, taxis brousse, taxis-be, pousse-pousse, zébus, piétons ; tout ce petit monde circule en tous sens, joyeusement et bruyamment, slalomant entre les divers obstacles, klaxonnant ou criant pour avertir les autres de leur passage. Guy m’explique qu’à certaines périodes, il faut plus de trois heures pour sortir de la ville… je veux bien le croire ! Heureusement aujourd’hui c’est dimanche, et les grands axes sont moins congestionnés qu’en semaine. Il n’en reste pas moins que les gens se pressent le long des routes pour aller au marché, et que la vie bat son plein. Le chauffeur me montre les endroits les plus importants : l’hôtel de ville, le palais présidentiel, la place et l’avenue de l’Indépendance (« Rien à voir avec les Champs Elysées hein ? » rigole Guy. Moi je préfère : c’est tellement moins gris !)… 

 

Puis petit à petit, on quitte le centre-ville pour passer devant des rizières d’un vert émeraude, tranchant magnifiquement avec le rouge brique des maisons de fortune construites çà et là. Les paysans, accroupis sous le soleil de plomb, sarclent leurs parcelles avec détermination. Nous voilà lancés sur la RN7, non pas celle que chantait Trenet, mais presque ! Car ici plus que jamais, « Le ciel d’été/Remplit nos cœurs de sa lucidité/Chasse les aigreurs et les acidités/Qui font l’malheur des grandes cités/Tout excitées ». 

 

Guy est un as du volant : il se retrouve parfois à éviter de justesse un camion qui arrive en sens inverse, ou un enfant qui traverse la route en courant, et pourtant je me sentirais presque en sécurité. Un petit coup de klaxon qui veut dire « j’arrive ! », un autre qui veut dire « merci ! », et surtout la philosophie du pays : mora mora, rien ne presse ! A mesure que nous grimpons dans la montagne, les terrasses de rizières se succèdent, scintillantes. Le paysage change imperceptiblement : de nouveaux arbres apparaissent, je reconnais des figures d’érosion sur les flancs montagneux. Nous traversons des petits villages, toujours très animés. Les enfants jouent dans la terre, les vendeurs nous tendent des lapins encore vivants, qui s’agitent vainement pour tenter d’échapper aux mains qui les tiennent fermement par les oreilles. Et toujours ces couleurs, si vives, et cet air si pur ! 

 

Je suis tellement subjuguée par ces paysages, que j’en oublie complètement de prendre des photos pendant les premières heures de route… Heureusement, je me rattrape sur les 100 derniers km.

 

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Un peu avant midi, nous arrivons à Antsirabe, la Vichy malgache, ma nouvelle ville pour les 6 mois à venir. Je suis chaleureusement accueillie par ma maître de stage, qui me fait découvrir mon nouveau logement. Grandira est une belle et grande maison, “donnant sur la rue défoncée – quelques morceaux d’asphalte qu’on devine et des chiens malingres qui flairent le sol, les roues des voitures passant au ralenti et le cul des poules arrogantes” (Raharimanana, Ambilobe, 2010) – je ne saurais en faire de meilleure description ! C’est l’association Grandir Ailleurs [5] qui la met à disposition des volontaires étrangers.

 

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Je suis accueillie par Vigor, le chien de garde, puis successivement par mes cinq colocataires. Dans la soirée, après un apéro au rhum arrangé, on mange Gino, le coq que mes colocs ont tué le matin même (j’ai vu la vidéo : la mise à mort a malheureusement été sanglante et un peu barbare !). Il s’agissait d’un cadeau de Noël, offert à une de mes colocs par ses collègues. Tragique fin pour Gino, mais repas goûtu pour nous !

Enfin au lit après une bonne douche, je m’endors bercée par le chant des grenouilles des rizières attenantes…


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