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Voyage en Inde

Écrit par : , le 15 février 2013

[chapitre[Namaste]]

Namaste

 

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Voilà comment débute le récit d’une aventure indienne de 7 semaines, en plein cœur de l’Himalaya, dans l’état de l’Uttarakhand au Nord de l’Inde. Jeune étudiante venant de passer ses examens en Espagne après 5 mois d’erasmus (et déjà un léger choc de culture), me voilà projetée 5 jours plus tard, après 22h de vol, dans ce pays aux milles richesses, et aux milles contrastes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est parti pour le stage, intitulé « étude faisabilité d’une fabrication de fromage de chèvre », dans l’ONG Pan Himalayan Grassroots dans le sud de l’Himalaya. Difficile de s’imaginer quelque chose avec ça. Et bien j’ai bien fait de ne m’attendre à rien et de partir l’esprit vide, car chaque jour a été une réelle découverte ! Que ce soit les activités, la nourriture, les horaires, les rencontres… je vous laisse le découvrir à votre tour. 

 

 

 

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[3]J’étais hébergée chez le directeur de l’ONG et sa femme, avec trois autres françaises. Nous avions donc la chance d’être dans une famille aisée d’Inde du Nord, avec un serviteur qui faisait la plupart du temps les courses, le ménage et les repas. Kalyan et sa femme ayant plusieurs fois voyagé en France et ayant une admiration pour ce pays, ils étaient ouverts aux propositions de repas et recettes que nous leur faisions, et chaque matin, l’appel du petit déjeuner « français » se faisait entendre : pain fait à la machine (avec une farine différente, d’où un résultat « différent », plus lourd et pâteux), du beurre salé non réfrigéré (différent du ghee, beurre clarifié qui se conserve à température ambiante), du poivre, du fromage en tranche (sans goût), de la confiture faite par l’entreprise Umang (entreprise créée par l’ONG et gérée par des femmes), et du miel. Nous n’avions pas très envie au petit-déjeuner de goûter à leurs omelettes épicées additionnées de chili et tartines de fromage poivrées (mais j’y ai succombé au bout de quelques semaines !). Tout cela accompagné d’un thé bien sûr, ou d’un café noir. 

 

 

 

Pour le repas du midi et du soir, c’était assez peu variable : chapattis (galettes de blé, en photo dans l’assiette), riz (sans sel ni épices), currys de légumes, aloo gobbi, dal (soupe de lentilles ou pois) sauf lorsque c’était le weekend ou bien un repas de fête où on avait parfois de la viande (du poulet ou de la chèvre), des poris (cf photo en cuisine)… On partageait le repas du soir avec Kalyan et Anita parfois, mais de manière générale Ranjid nous servait avant eux, vers 13h-13h30 puis 20h30-21h, avant nos hôtes. Ranjid, maître de maison, connait sa cuisine par cœur, et avait du mal au début à nous laisser rentrer et nous servir. On a réussi, après quelques semaines, à communiquer avec lui, discuter de choses qui l’intéressent (cuisine française  - il avait l’air de trouver ça bizarre de manger des légumes sans sauce ni épices), et même à lui emprunter quelques fois sa cuisine pour faire des desserts à Kalyan et Anita (fondant au chocolat, tarte au citron meringuée) qui ont été bien sûr des échecs -à cause du four qui ne chauffait pas plus de 10 minutes, faute de réserves d’électricité…

 

 

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[chapitre[Namaste (suite)]]

Namaste (suite)

 

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Ce séjour en Inde s’est déroulé de mi-juin à mi-août, pleine saison de la mousson. Malgré tout, avec les changements climatiques, la mousson a tardé a arriver, et pendant plusieurs semaines nous étions dans un paysage très sec, avec de nombreux feux de pinède. Nous avons fêté la bonne récolte par un rituel hindou qui consiste à planter quelques graines et, lorsque celles-ci font de jeunes pousses, de se les glisser derrière l’oreille ou dans les cheveux pendant la journée. Les jeunes voisins défilent pour apporter des spécialités culinaires, un rituel lors d’un festival hindou.

 

Ensuite, pendant la première semaine, ça a été la découverte des alentours et des actions de l’ONG: promenades en jeep, rencontre avec des villageois, pour voir les puits d’infiltrations, les « nurseries » pour les plantes, les usines de biogaz… à chaque visite dans les villages, les femmes nous accueillaient chaleureusement et nous offrait un chai (thé noir épicé avec du lait) avec des petits biscuits. On a eu la chance d’assister à un meeting de Grassroots au sommet d’une colline, avec une quinzaine de femmes d’un village constituant un SHG (Self Help Group). Elles nous ont chanté des chants religieux magnifiques. Nous avons eu l’occasion de manger dans notre premier restaurant de rue lors de la visite d’un Ashram à Kausani, et nous avons pris notre repas en évitant l’eau et les crudités d’après les recommandations que nous avions eu; mais on a craqué pour les mangues en vente sur le trottoir !

 

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De jour en jour, avec une certaine prudence, nous nous sommes immiscées dans la culture indienne, qu’elle soit gastronomique, sociale, ou religieuse. J’ai été choquée par l’ambiance de la ville de Ranikhet et par la surpopulation et surpollution :  deux uniques rues commerçantes, avec 2 échoppes au mètre carré, une surpopulation dans la rue tel un jour de solde, des détritus et des odeurs désagréables, des saris de toutes les couleurs, des crachats marrons à vos pieds, des toilettes publiques pas très intimes, des restaurants de rue et des samossa qui vous attirent l’œil (mais pas l’estomac), des pâtisseries (suintantes de gras et recouverte d’une sorte de feuille d’argent- et de mouches)….

 

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Nous avons quand même expérimenté un restaurant, qui avait de bons avis dans notre guide de voyage. Certes, le cadre était délabré, les tables collantes, mais il y avait un lavabo à disposition, des serveurs aimables et souriants, et du bon butter chicken !

 

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Un beau contraste qui se confirmera dans la suite des aventures, avec une reprise de la nature sous le déluge de la pluie, avec d’autres découvertes agronomiques et culinaires !

 

 

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[chapitre[Dans le village, au pied de l’Himalaya]]

Dans le village, au pied de l’Himalaya

 

L’objet même du stage étant l’étude de faisabilité de la mise en place d’une fabrication de fromage de chèvre, nous avons mené une étude au sein du village le plus proche, en questionnant [10] les propriétaires de chèvres, en récoltant leur lait, etc. On a pu se rendre compte de la différence fondamentale qu’il y a au niveau de l’élevage et de la consommation de viande et de produits laitiers en Inde. Cette différence est due à la culture et à la religion principalement, au manque de moyens ensuite. Explications : dans la religion hindoue, un animal qui donne du lait est considéré comme une mère. Les indiens consomment le lait de la vache, c’est pourquoi ils la considèrent comme « vache sacrée » et ne consomment pas sa viande. Pour la chèvre, c’est l’inverse, ils les élèvent pour leur viande qui est très prisée. Ils n’ont jamais eu l’idée de priver les chevreaux du lait de leur mère pour le consommer eux même ou le transformer en fromage.

 

On a donc affaire à des chèvres qui ne se sont quasiment jamais fait traire. Alors qu’en France on peut obtenir jusqu’à 4L de lait par jour sur une chèvre qui est habituée à la traite et sélectionnée d’année en année, on atteint en Inde (sur les chèvres que nous avons rencontré) un maximum de 500mL de lait, pauvre en protéines. Pour les traire, de manière régulière pendant une semaine, cela n’a pas été une mince affaire !! Nous devions être 3 personnes pour tenir la chèvre, une lui tenait les pattes arrières, une les cornes et une la trayait, non sans peine… des beaux moments de partage et de fou rire avec les familles indiennes !! Malgré la barrière de la langue, on a pu communiquer en gestuelle et un peu en anglais traduit par Sonita, notre indienne préférée.

 

 

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Pour notre projet nous avons également effectué un questionnaire aux villageois qui possédaient des chèvres, pour en connaître un peu plus sur leur manière de les élever, leurs besoins et leurs projets… Ils étaient globalement tous intéressés par la récolte de lait, mais il leur fallait de bonnes chèvres spécifiquement élevées pour ça. A suivre !

 

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Au cours de ces semaines de vie reculée, nous avons fait quelques allers-retours au centre-ville de Ranikhet pour se fournir en tissus, souvenirs, et ça a été également l’occasion de manger deux fois au restaurant. Nous en avons profité pour manger des plats de viande (très rare à la maison, Kalyan et Anita choisissaient de faire des repas sans viande/œuf plusieurs jours par semaine, par conviction et religion.) Nous avons ainsi pu goûter au butter chicken et au chicken massala.

 

[chapitre[Pantnagar University et la plaine humide]]

Pantnagar University et la plaine humide

 

[13]Adieu les 20°C et les puissantes averses ! Nous sommes mi-juillet, et nous partons dans l’université de Pantnagar au Nord de Delhi, pour procéder à des analyses sur nos récoltes de lait de chèvre. Quelle surprise en arrivant là bas ! Une chaleur étouffante et humide, presque irrespirable. Un décor verdoyant, ensoleillé, une véritable ville avec ses bâtiments ses commerces ses habitants ses champs, au sein du campus. Nous avons été reçues dans l’enceinte vétérinaire, par un grand professeur, nous avons reçu un cours sur l’élaboration du fromage, ainsi qu’une visite complète des bâtiments.

 

Nous avons réalisé les analyses de lipide et protéines sur notre échantillon de lait, avec des méthodes et instruments… quelque peu rudimentaires par rapport à nos habitudes ! Mais les résultats étaient là : un lait très pauvre en protéines, comme on s’en doutait… d’où une difficulté pour le rendement de la transformation en fromage !

 

[14]Pendant ces trois jours, nous avons visité ce grand campus, où des femmes cultivaient le riz, où des jeunes filles s’occupaient de leurs chèvres… Nous avons fait le tour d’un grand marché, avec de beaux étalages d’épices et de légumes. On nous regardait un peu comme des étrangères, d’un regard plus pesant que celui auquel nous étions habitués dans nos montagnes, mais les enfants nous suivaient et jouaient volontiers avec nous. La barrière de la langue était plus faible, car dans ce campus même les enfants parlaient un peu anglais. Une belle expérience ! Nous avons logé en guest house, avec quelques colocataires forts sympathiques : des geckos. Heureusement qu’il y avait la climatisation, on n’aurait pas survécu !

 

 

 

 

 

 

 

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Nous avons eu droit lors de notre pension complète à un petit déjeuner indien, avec des mangues, de la semoule très épicée avec des petits morceaux de chili, de l’omelette au chili vert, des paratas (galette de blé aux pomme de terre et épices). Finalement, on en redemande !!

 

 

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Ainsi nous avons progressivement gouté à la vie indienne, sans le confort et le calme de notre maison dans la montagne. Pas d’eau filtrée à disposition, pas de petits déjeuners sucrés, pas d’assurance sur ce que l’on mangeait, pas de « vraie » douche. Et c’est finalement comme ça que j’ai préféré mes journées indiennes, sans trop de superflu.

 

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[chapitre[Triangle d'Or]]

Triangle d’Or

 

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Après le repos, le calme et sérénité, place aux dernières semaines de stage et de découverte, riches en émotions ! Les pics de l’Himalaya, qui nous narguaient derrière la brume depuis des semaines, se sont enfin découvert à nos yeux !!

 

Nous n’étions pas au meilleur de notre forme pour en profiter, car suite à un repas partagé avec d’autres étudiants chez un professeur de yoga, nous avons tous (ou presque !) attrapé une salmonellose coriace, qui nous a valu de découvrir les cliniques indiennes, et de manger du riz sans épices, et du Dahi (yaourt fait maison) pour notre flore intestinale.

 

 

 

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Avant de repartir nous avons fait des adieux chaleureux à toute l’équipe de l’ONG et d’UMANG, et sommes reparties avec un tas de souvenirs, y compris des vêtements en laine himalayenne tricotés par les femmes d’UMANG, des chutneys de fruits, des épices, … et du thé provenant du champs de thé que nous avions visité à Kausani ! Nous avons également dit aurevoir à nos vaches sacrées et nos singes voleurs (et autres animaux tels que scorpions, araignées…), après s’être accoutumé de les voir à chaque coin de rue et de toit, nous avons changé de faune environnante !

 

 

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[23]Nous sommes parties à Delhi en Jeep, avons passé quelques jours là bas (départ d’une de nous trois en avion), partagé un repas dans un restaurant français: poulet fermier avec ses légumes et pommes de terre frites, sans épices !! Un avant goût du retour… Nous avons également partagé un dernier repas avec notre maître de stage dans un restaurant réservé aux adhérents, de haut standing. L’occasion pour nous de goûter un très bon Poulet tandoori.

 

Les jours passés à Delhi ont été éprouvants, à cause de la chaleur écrasante, de l’insécurité constante, des arnaques évitées de peu à la gare et dans la rue, au harcèlement incessant des mendiants, des nettoyeurs d’oreille, des cireurs de chaussures, des conducteurs d’auto rickshaw, de la saleté… Nous avons quand même pu visiter quelques monuments incontournables et très impressionnants, et assisté à des manifestations indiennes hautes en couleurs.

 

Les 10 derniers jours du voyage, nous sommes parties de Delhi où nous avons laissé notre amie prendre son avion pour la France, et nous avons voyagé jusqu’à Jaipur, puis fait un tour rapide mais extraordinaire du Rajasthan et de ses merveilles : Udaipur et son palais, Pushkar et ses ghaats. Nous avons utilisé tous types de transport (rickshaw, jeep, bus, train, moto), non sans crainte… je vous laisse admirer l’état des bus (celui-ci à encore toutes ses roues !

 

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Nous avons mangé cette fois des plats typiques du Rajasthan, assez différents de ce à quoi nous étions habituées en Uttarakhand (peu réputé pour sa gastronomie). Beaucoup de plats à base de paneer (fromage indien à base de lait de vache et de bufflonne, facile à réaliser), de desserts (choses que nous avions du mal à trouver plus au Nord, à part des glaces).

 

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Nous avons expérimenté un Thali pour 70Rs (1€) : assiette complète constituant le repas indien classique et nécessitant une longue préparation. Il était composé de riz blanc, d’une coupelle de biryani, chapatti, pappad (crêpe dure à la farine de lentille), plusieurs variétés de dal, différentes préparations de légumes (curry, korma, kofta – boulette de légumes divers-), des sauces (sambar ou chutney), un raïta et un dessert. Et tout ça à volonté ! Dès que la quantité de nos assiettes baissait, les serveurs passaient nous resservir… il a été difficile de les arrêter !

Après ces expériences culinaires et nos multiples rencontres, nous avons achevé notre voyage par une soirée de festival à Pushkar, et un retour à Delhi sous le déluge de la mousson, qui a inondé les routes et a bloqué un des accès à l’aéroport le jour de notre départ. Un dernier pic d’adrénaline dans le taxi qui n’avançait pas alors que l’heure défilait, puis un dernier regard sur ce pays aux milles facettes, dont je viens de dépeindre une infime partie de mes découvertes. Je conseille à tous les voyageurs qui ont soif de choc culturel et émotionnel de partir en Inde, d’y rester 6-7 semaines minimum pour vraiment s’imprégner du mode de vie (et fortifier ses défenses immunitaires), et revenir en France avec un regard différent, des souvenirs très colorés et bien contrastés avec les visions très dures que l’Inde nous impose malgré nous.

 

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