Voyage au Costa Rica

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Tout ce que je croyais ne pas aimer

ou

le désastre des cultures d’exportation

 

            Parmi mes 1001 découvertes culinaires, il en est qui me surprennent par leurs forme incroyable, leur goût exotique, leur parfum inconnu. Mais les plus grandes surprises proviennent d’aliments que je connaissais. D’aliments courants en Europe. Et plus précisément d’aliments que je croyais ne pas aimer.

            En tête de liste : la banane. Pâteuse, insipide, difficile à digérer. J’étais loin de courir après. Mais ici, les régimes de bananes se développent dans tous les jardins : elle fait partie des aliments de base. Ces régimes m’intriguent et je me sens bête : j’étais persuadée que l’arrondi de la banane était orienté ver le bas. Hé bien pas le moins du monde. Ces régimes sont suspendus sur les terrasses et les bananes finissent d’y mûrir. Évidemment, le fruit ainsi recueilli a plus de charme que dans le rayon fruit et légume d’un quelconque supermarché. Mais au-delà de ça, le goût lui même est différent. Et puis, dire « la banane » n’a pas tellement de sens… je découvre des variétés insoupçonnées qui se cuisinent tantôt sucrées, salées, cuites ou crues, qui se consomment très vertes ou archi-mûres… Bon, je suis forcée d’admettre que je ne connaissais rien aux bananes.

            Et puis… l’ananas. Acide, dur, fibreux… je n’avais que le souvenir des ananas de ma cantine de collège et des jus sans intérêt qui complètent un cocktail de soirée. Déjà, ici j’épluche un ananas entier. Cela peut sembler anodin mais ce n’est pas si facile. En plus, j’ai la chance d’accéder à de produits biologiques de qualité. Le goût est une révélation. Sucré, tendre, fondant… Je me surprends à penser que c’est sans doute le meilleur ananas que je mangerai dans toute ma vie. Et de la même façon, il est évident que je ne connaissais rien aux ananas.

            Je pourrais continuer longtemps cette liste : avocats, mangues, patates douces… toutes ces denrées que la mondialisation nous rend trop facilement accessibles. Que nous côtoyons au quotidien sans connaître réellement. Leur exotisme nous attire, mais c’est un leurre. A moins de dépenser une somme astronomique, on ne retrouve jamais les saveurs d’origine. Par contre, tout le processus en amont est lourd de conséquence. Conversion de parcelles vivrières en cultures d’exportation. Usage fréquent et massif de pesticides pour assurer une maturation rapide, un aspect impeccable, une résistance au transport. Toutes les aberrations des systèmes de monoculture intensive aggravées ici par l’absence de législation restrictive. Ainsi, derrière son image de pays vert et écologique, le Costa Rica se situe parmi les premiers pays consommateurs de pesticides, avec 20,1 kg/ha de terre agricole contre 4,5 pour la France ! Cette situation s’explique en partie par un pouvoir d’achat relativement élevé des agriculteurs couplé à un manque d’information et d’éducation sur les questions de l’impact environnemental et sanitaire de cet usage massif et non contrôlé. Impacts bien réel : la pollution des eaux et des sols est en augmentation constante, les « empoisonnements accidentels aux pesticides » causent la mort de dizaines de personnes chaque année, sans compter les nombreux cancers dont ces produits sont en partie responsables.  Les cultures les plus concernées sont précisément les parcelles dévouées à l’exportation : café, coton, canne à sucre, fruits exotiques… Ces champs d’ananas qui s’étirent à perte de vue me rendent mélancolique. Tout cela pour qu’une cantine française puisse proposer à ses élèves une tranche d’ananas insipide. Le monde est fou.

            Mais des gens réagissent. La filière biologique encore timide ici tend à se développer. Les nombreux étrangers qui résident au Costa Rica apportent pour cela un impact positif : par leur exigence de produits sains et de qualité, il constitue un marché intéressant pour les producteurs en BIO. Malgré tout, il me semble primordial de rendre ce système de production accessible aux costariciens eux-mêmes. Et les rendre demandeurs de ce type de produits. Cela passe sans doute par l’éducation, l’information, la sensibilisation. Le chantier est immense mais il y a des forces vives. Nous aussi, soyons fous.

           

 

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Écrit par : , le 30 janvier 2013 imprimer Partager par email partager sur facebook partager sur Twitter Flux rss des commentaires
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1 réaction

  1. Fernique /

    Eh ben, encore une aventure qui commence, ma puce !!!
    C une super idée !
    Tes fans attendent avec impatience les chapitres suivants !!!
    On t’embrasse fort !
    Pap et Mam

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